Résumé du Réseau d’action féministe de la CSQ des 22 et 23 janvier 2026
*Le bureau syndical remercie vivement Edith Pouliot, vice-présidente à la FEC-CSQ, pour ce résumé.*
Notre collègue et première vice-présidente de la CSQ, Nadine Bédard St-Pierre, a ouvert ce réseau ayant pour thème « Femmes et santé » en abordant sans tabou ce dont nous parlerions pendant ces deux jours. « Qui dans la salle a déjà manqué du travail en raison de menstruations douloureuses ou trop abondantes ou pour des symptômes de périménopause ou de ménopause? » Plusieurs femmes ont levé la main. Ce nombre a chuté drastiquement à la question suivante : « Avez-vous dit à votre employeur ou à vos collègues la réelle raison de votre absence? ». Entre femmes, les anecdotes ne manquent pas pour illustrer les effets que la réalité d’être une femme peut engendrer sur le travail. Une collègue forcée de tirer son lait dans une salle de bain bondée d’étudiantes, une autre forcée de quitter une réunion à la hâte parce que ses menstruations se déclenchent brusquement, etc. Le ton était donné, la parole libérée, toutes se reconnaissant à différents niveaux.
Les femmes, les hormones et le travail : comment trouver son équilibre?
La première conférence était celle de Dre Catherine Falardeau. Médecin de famille spécialisée dans la santé hormonale des femmes depuis longtemps, elle a présenté énormément de données, principalement sur la périménopause (période avant l’arrêt définitif des règles), puisque c’est durant cette période de transition que des difficultés sont vécues par la plupart des femmes. Selon une étude de 2023 (Menopause Foundation of Canada), environ une femme sur dix quitterait le marché du travail en raison des symptômes non maîtrisés de la ménopause et 540 000 journées de travail par année sont perdues pour la prise en charge des symptômes qui y sont liés, une différence de 9 % de présence au travail par rapport aux hommes. Les effets de la chute de la progestérone (vers 35 ans en moyenne) sont nombreux : anxiété, sommeil fragmenté, irritabilité, raideurs musculaires, menstruations abondantes, prise de poids, rétention d’eau, ballonnement, vessie hyperactive. De son côté, la chute des œstrogènes (vers 43-45 ans) engendre de la fatigue, de la tristesse (symptômes dépressifs), un brouillard mental, des bouffées de chaleur, des douleurs articulaires, une prise de poids, de la sécheresse vaginale et des menstruations moins régulières et moins abondantes. Certaines femmes développent un syndrome musculosquelettique de la ménopause alors que d’autres sont confrontées au syndrome génito-urinaire de la ménopause.
Tous ces symptômes sont encore trop souvent traités en silo par les professionnel.les de la santé ou traités à l’aide de la progestine (pilule contraceptive et certains stérilets) qui calque l’effet de la progestérone sans être « bio-identique ». Or, les progestines sont associées à plusieurs problèmes de santé et cancers, et sont donc contre-indiquées selon cette spécialiste. L’évolution de notre mode de vie (baisse du nombre de grossesses, prise de la pilule contraceptive depuis un jeune âge pour toute une génération de femmes) aurait fait en sorte que la ménopause arrive de plus en plus jeune et cause de plus en plus de souffrance et de problèmes de santé (dont l’ostéoporose qui est devenue un réel problème de santé publique).
La ménopause : quels sont vos besoins?
La conseillère à la CSQ Lise Goulet nous a ensuite brossé un portrait nuancé grâce à une trousse développée par le RQASF il y a quelques années : Notre soupe aux cailloux. En Occident, 20 % des femmes ne ressentent aucun malaise significatif pendant la ménopause, 70 à 80 % éprouvent des difficultés mineures en raison des changements hormonaux, alors que 10 % connaissent des troubles importants. C’est pourquoi les femmes doivent être à l’écoute de leurs besoins et non pas recourir à des traitements hormonaux à tout prix. L’approche féministe par rapport à la ménopause préconise d’ailleurs le terme « traitement hormonal » à celui « d’hormonothérapie » de l’approche biomédicale qui insinue que la ménopause serait une pathologie ou un problème de santé à corriger. Dans le même ordre d’idées, la ménopause aurait des manifestations variées selon les régions du monde et la génétique. Alors que 60 à 80 % des femmes occidentales ressentent des bouffées de chaleur, c’est seulement 10 % des Japonaises qui en éprouveraient et ce serait presque nul chez les femmes de la Nouvelle-Guinée. La conférencière mettait les participantes en garde concernant les produits naturels que plusieurs seraient tentées de prendre pour tenter de contrôler les symptômes. Dans certains cas, ceux-ci peuvent provoquer des effets secondaires ou comporter des contre-indications par rapport à d’autres médicaments. Il vaut mieux consulter un.e professionnel.le de la santé.
Ménopause : tour d’horizon des revendications à l’international
Un tour d’horizon des revendications syndicales à l’international par rapport à la ménopause a ensuite été présenté. Avec plusieurs études et consultations à son actif, l’Allemagne est un des pays en avance : formations de professionnel.les variées, balados, ateliers et conférences en milieu de travail s’adressant autant aux hommes qu’aux femmes pour que tous et toutes soient sensibilisé.es aux enjeux, etc. Les impacts sur le travail sont bien documentés (absentéisme, stress, difficulté à se concentrer, impatience, etc.). En France, 50 000 signatures ont été récoltées en faveur de l’inscription du congé menstruel dans la loi (pour celles qui ont des règles difficiles). En Angleterre, la ménopause est reconnue comme un enjeu d’égalité professionnelle et de santé et sécurité. Les syndicats ont développé un guide à l’intention des membres (pour les soutenir dans la négociation avec l’employeur) et des gestionnaires (leur expliquant les bénéfices de s’en occuper). Toutefois, l’existence de mesures d’aide ne règle pas tout. Par exemple, malgré l’existence d’un congé menstruel au Japon depuis 1947 (!) et en Espagne depuis 2023, celui-ci est très peu utilisé par les femmes par crainte de stigmatisation et de discrimination au moment de l’embauche.
Bien que le Québec soit en meilleure posture concernant l’égalité hommes-femmes que plusieurs autres pays, il semble que nous ayons pris un peu de retard en ce qui a trait à la ménopause. Avant d’en arriver à des revendications syndicales concernant la santé des femmes, il est important de produire des données, de parler davantage de la ménopause publiquement et d’outiller les membres. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les revendications deviendraient porteuses et rassembleuses.
Journée internationale des droits des femmes — visuel et actions
Pour se rappeler les luttes passées, la Journée internationale des droits des femmes s’inspire cette année du journal des années 1970 « Québécoises deboutte! » qui portait alors la voix d’un féminisme émergent.
Épinglette et autocollant :

Droit à l’avortement, où en sommes-nous au Québec?
L’article 29 du projet de loi sur la constitution (PL1) présenté il y a quelques mois par Simon Jolin Barette se base sur une consultation affirmant que 77 % des Québécoises étaient en faveur « que le Québec se dote d’outils légaux pour protéger le droit à l’avortement. » C’est certain qu’en posant la question de cette façon, personne ne peut être contre la vertu.
Cependant, au Québec, aucune loi n’encadre l’avortement. Celui-ci est un soin de santé comme un autre et ne requiert donc pas de traitement particulier dans des lois. Plusieurs groupes se sont rapidement soulevés pour affirmer haut et fort que la plus grande protection, c’est justement l’absence de loi. Une loi introduit la possibilité de la contester.
La tentative du gouvernement caquiste d’enchâsser l’avortement dans une constitution ou une loi est cependant loin d’être la première. Avant sa décriminalisation en 1988, l’avortement était criminel en vertu du Code criminel canadien. Ce sont en partie les luttes du Dr Morgentaler qui ont mené la Cour suprême à déclarer en 1988 que l’article 251 du Code criminel constituait une atteinte à l’intégrité physique et émotionnelle d’une femme, affirmant que la conscience de l’individu doit prévaloir sur celle de l’État. L’année suivante, l’histoire tristement célèbre de Chantal Daigle a montré que, malgré ce que nous pensions, ce débat n’était manifestement pas clos. Les tentatives d’atteinte au droit à l’avortement ont par la suite été extrêmement nombreuses. Plus d’une cinquantaine de tentatives de la part des gouvernements conservateurs ont eu lieu depuis les années 1990 : Morgentaler en Nouvelle-Écosse en 1993, l’arrêt Winnipeg en 1997, l’affaire Dobson au Nouveau-Brunswick en 1998, Morgentaler une fois de plus en 2015 contre l’organisme Québec-Vie, et bien d’autres.
Chaque fois, on pensait le débat clos. Parce qu’il faut demeurer plus vigilant.es que jamais face au droit à l’avortement, voici le lien vers la pétition visant le retrait de l’article 29 du PL1.
Parlons de politique et de religion
Sans amalgamer toutes les personnes qui ont des croyances religieuses ou des convictions politiques plus à droite, cette conférence brossait le portrait de groupes chrétiens ultraconservateurs de plus en plus présents aux États-Unis. Le fondement religieux a été présenté comme étant presque accessoire, nous invitant à voir ces mouvements comme des mouvements politiques davantage que religieux. En plus de plateformes complètes de formations, de conférences dans les écoles et de ressources éducatives gratuites, plusieurs jeunes femmes (des youtubeuses) sont utilisées (et financées) par les partis pour prôner un retour aux traditions (patriarcales et genrées), au nationalisme. Parmi celles-ci, des « tradwives » qui militent contre le wokisme, le féminisme (pour se tourner vers la féminité, comme si c’était en opposition!).
Érika Kirk, une des figures très populaires du mouvement de mobilisation de la jeunesse républicaine et chrétienne fondé par Charles Kirk (Turning Point USA), a déclaré lors d’un évènement grand public que les femmes devaient mettre leur carrière au second plan pour se marier et fonder une famille en se soumettant à leur mari. « Ne le voyez pas comme quelque chose que vous devez faire, mais comme une chance. J’ai de la chance de servir mon mari. J’ai de la chance de me soumettre à lui, car il se soumet à Dieu. »
Il pourrait être tentant de jeter la faute sur la religion mais, selon l’analyse de notre conférencière, la religion est ici instrumentalisée à des fins politiques. Les groupes religieux progressistes sont d’ailleurs ceux qui sont les plus mobilisés pour contrer les discours fondamentalistes religieux aux États-Unis.
L’obsession de plusieurs politiciens québécois tourne davantage autour de l’islam, étant donné le choc culturel provoqué par l’écart de pratiques et de modes de vie. Mais force est de constater que l’intégrisme et le fondamentalisme qui risquent davantage d’influencer la jeune génération sont ceux qui prolifèrent sur Youtube et qui sont en plein essor dans les écoles au Québec, par des discours de la promotion d’un retour à la famille traditionnelle, genrée, du mode de vie des « tradwives », refusant la contraception et l’avortement. Il est important de s’y attarder et de tenter de comprendre pourquoi ces discours résonnent pour tant de personnes. Ils semblent donner un sens, un cadre à l’existence. Cela parle aussi de nous, de notre société et de notre capacité à offrir du sens aux générations qui nous succèdent.
Comme d’habitude, ce réseau d’action féministe en fut un d’apprentissages, de partage, d’échanges et de rigolades, malgré des sujets parfois délicats, lourds et confrontants.


Encore en marche pour transformer le monde! 
Dans le cadre de la journée du 8 mars, vous avez été nombreux et nombreuses à vous procurer une épinglette aux couleurs de la Journée internationale des droits des femmes.
Malgré l’adoption en 1996 de la Loi sur l’équité salariale, il demeure en matière de rémunération des inégalités basées sur le genre. En 2021, le salaire moyen des femmes québécoises représentait 90,8 % de celui des hommes. 

Les broches qui soulignent, chaque année, la Journée internationale des droits des femmes sont arrivées au bureau syndical!
Le Comité d’action féministe de la Fédération de l’enseignement collégial est à la recherche d’une femme engagée dans la cause féministe et désireuse de s’investir dans les différentes instances syndicales. Le poste vient avec une libération.