Mot de Noël du président (ou montée de lait de poule)
Déjà une session passée depuis mon arrivée à la présidence du SPPCSF, et les rumeurs se sont confirmées : le temps passe assurément plus vite lorsqu’on est assis sur cette chaise. C’est cependant avec le sourire que j’arrivais chaque matin au cégep, avec vos intérêts à cœur, intérêts qui sont également pris en charge par la magnifique équipe du C-170.17. On m’avait bien préparé à la tâche (encore une fois, un gros merci à notre belle-maman préférée, elle se reconnaîtra!), mais plusieurs éléments ont surpris non seulement votre interlocuteur, mais tout le monde syndical, en cet automne 2025.
Ces éléments surprenants sont arrivés par le biais de plusieurs projets de loi de la CAQ, notamment : le PL1 sur la Constitution, le PL2 en lien avec la rémunération des médecins, le PL3 sur la transparence des syndicats, et l’entrée en vigueur de la loi 14 (anciennement PL89) restreignant le droit de grève. Je laisserai de côté le PL1 (un autre article de l’hebdo en parle), le PL2 (qui a été nettement affaibli lors des négociations entre médecins et CAQ), et la loi 14 (présentement contestée devant les tribunaux); je m’attarderai ici au PL3.
Déjà, son titre « Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail » induit une mauvaise image des syndicats, et donne l’idée que ces institutions sont a priori malhonnêtes. Le bon gouvernement de la CAQ va tout redresser pour protéger la population! Après analyse, il est clair que ce projet de loi veut restreindre la liberté d’action, et surtout la possibilité de contestation des syndicats. Comment la CAQ s’y prend-elle? En visant la base, c’est-à-dire en mettant des embûches au travail des syndicats locaux. Après tout, ce sont les syndicats locaux qui nourrissent les fédérations et les centrales.
Un exemple? Selon le PL3, les syndicats locaux devront maintenant passer par des missions d’examen comptables, ou pire, par un audit, lors de la remise des états financiers annuels. Pour le SPPCSF, ceci voudrait dire passer d’une mission d’examen (environ 4000 $) à un audit (près de 10 000 $), annuellement, pour avoir le droit de faire nos opérations financières. Voilà déjà une belle façon de limiter l’utilisation des cotisations : on les envoie aux firmes comptables plutôt que de servir aux membres localement. La raison invoquée par la CAQ est que ces processus comptables vont forcer les syndicats à être transparents par rapport à leurs finances. Or, la très grande majorité des syndicats locaux montrent déjà ce niveau de transparence, à plus faible coût.
Toutefois, l’élément le plus contestable du PL3 est l’instauration d’une partie facultative dans la cotisation perçue. Cette partie facultative servirait au financement d’enjeux sociopolitiques qui sont moins reliés à la défense stricte des conditions de travail. La perception, ou non, de la cotisation facultative serait soumise à un vote; l’ensemble des profs du cégep pourrait se prononcer sur le prélèvement, ou non, de cette cotisation pour les années à venir. Concrètement, il serait possible de voter pour diminuer quelque peu ce qu’on prélève sur votre paie.
Et c’est exactement là que la CAQ vise le plus juste : le portefeuille des travailleurs. On l’a vu par le passé : un p’tit 500 $ par-ci, une légère diminution d’impôt par-là… Cette fois, elle prétend offrir aux travailleurs l’option de voter pour que leur syndical local et, par extension, leur fédération et leur centrale, s’occupent uniquement de la défense des enjeux en lien avec la convention collective, laissant de côté les enjeux qu’on pourrait qualifier de sociaux ou de politiques. Entre autres, un tel vote pourrait empêcher les syndicats de contester des lois non constitutionnelles devant la justice, assurant le gouvernement en place de légiférer à sa guise en diminuant les possibilités de contestations.
Hé bien, sans vouloir être démagogique, je vais moi aussi utiliser la stratégie de la CAQ, et viser votre portefeuille. Dans le PL3, le gouvernement s’est bien gardé de préciser le pourcentage de la cotisation qui devrait être considéré comme facultatif, laissant cette analyse fastidieuse (et coûteuse) aux centrales syndicales. Après consultation de leurs conseillers financiers, les grandes centrales syndicales de la province (CSN, FTQ, CSQ…) arrivent toutes au même résultat : ce serait entre 3 % et 5 % des cotisations reçues qui sont utilisées à des fins qui sortent de la défense des droits des travailleurs. Ceci veut donc dire que, pour un enseignant du cégep, à l’échelon 18, la cotisation facultative s’élèverait au maximum à 3,46 $ par paie, pour un total de 89,93 $ annuellement. J’ose donc vous poser la question, cher.e.s collègues : en échange de ce montant, souhaitez-vous que votre syndical local cesse de s’impliquer dans son milieu, en ne faisant aucune activité rassembleuse? Souhaitez-vous que les fédérations et centrales syndicales cessent d’appuyer des causes comme l’appui aux maisons pour femmes victimes de violence conjugale? Les pressions auprès du gouvernement pour que le système d’éducation cesse d’être à 3 vitesses? Le travail pour solutionner la crise du logement? L’appui à toutes les causes pour rendre la société plus juste et équitable?
En lien avec les enjeux sociopolitiques, il faut également se rappeler que, par le passé, de grandes victoires sociales ont été obtenues avec l’aide des syndicats : la semaine de travail de 40 heures, les fonds de pension, l’assurance-maladie, l’assurance-emploi, le vote des femmes (!!!).
Selon toute vraisemblance, nous allons devoir vous poser cette question dans la prochaine année, puisque le PL3 a passé l’étape de la commission parlementaire; quelques amendements légers y ont été apportés, mais le fond est resté le même. On peut donc penser qu’il va accoucher d’une loi dans les prochaines semaines. Lors de ce vote, j’ai espoir que vous aurez en tête ce texte, et de tout ce qu’on pourrait laisser de côté socialement, en échange de 90 $ par année, individuellement. Voyons plus loin que la CAQ. Soyons visionnaires et travaillons à l’établissement d’une société plus juste et équitable, et insufflons du positif dans un climat morose maintenu par un gouvernement qui sait très bien que… la colère, ça paie.
Je terminerai en vous souhaitant une belle période des fêtes, pendant laquelle le repos et les réunions en famille et entre amis doivent être au programme. Rechargeons-nous! Force est d’admettre que 2026 apportera son lot de défis.
Joyeuses fêtes!
Danny Lassiseraye pour le SPPCSF